Tenir/Trouer les murs

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Shin-yu Liao, Cheminement n°1, 2015, image imprimée sur papier divers (calque, papier coloré), dimension variable, Galerie Interface

 

Galerie Interface

Du 26 mars au 09 avril 2015

Vernissage • jeudi 26 mars 2015

hugo capron • marianna capuano • miléna cortet • pierre larive • clément rousseau • shin-yu liao

Dans le roman fantastique de Danielewski, La Maison des feuilles 1, les murs de la maison semblent se déplacer, ouvrant des espaces, des trous sombres dans lesquels plonger fait découvrir des mondes inconnus. C’est là que se forment des images plus mentales que concrètes, là d’où celles-ci peuvent aussi sortir. Comme le précise Fernand Deligny à propos de son film Le Moindre geste : …surtout, n’oubliez pas les trous. S’il n’y a pas de trous, où voulez-vous que les images se posent, par où voulez-vous qu’elles arrivent ?

Ainsi, les six artistes présentés en cette fin mars 2015 à la Galerie Interface pourraient-ils se rassembler sous les auspices de ces deux auteurs, évoquant leur statut ambigu de « jeune artiste », statut autrefois dévalorisant et maintenant au sommet de la considération. Leur parcours naissant peut paraître encore plein de trous, trous de mémoire, trous de production, mais leur détermination à en faire l’objet même de leurs pratiques artistiques dénote une grande lucidité, égale à celle de Robert Smithson lorsqu’il publie en décembre 1967 dans la revue Artforum le récit d’une promenade faite trois mois plus tôt dans la banlieue de Passaic.2 : « Passaic paraît plein de ‘trous’ ; en un sens, ces trous sont les lacunes monumentales qui évoquent sans le vouloir les traces d’un ensemble de futurs à l’abandon.»3

Le regard convoqué par ces six jeunes artistes est donc celui d’une oscillation, entre leur présent encore à construire (Pierre Larive), où il est nécessaire d’ouvrir les murs pour inventer les failles dans lesquelles leur art se glissera (Hugo Capron), et un futur déjà « à l’abandon » contre lequel il faut résister (Clément Rousseau). Entre l’évanescence et la rage, le battement de l’exposition manifeste leur souci des formes (Shin-Yu Liao) tout autant que de l’Histoire (Miléna Cortet), même lorsque celle-ci est parfois hantée par une anthropologie intime (Marianna Capuano). Il nous rappellent donc, avec Rancière, qu’il est possible de penser un art qui ne soit pas désaffecté de l’Histoire, qui organise les régimes du discours et ceux du sensible comme une dualité conflictuelle  : Cette double poétique de l’image comme chiffre d’une histoire écrite en formes visibles et comme réalité obtuse… 4
Philippe Bazin, janvier 2015

1. Mark Z. Danielewski, La Maison des feuilles, trad. Christophe Caro, Paris, Denoël, 2002

2. Gilles A. Tiberghien, Nature, Art, Paysage, Arles, Actes Sud, 2001, p. 92.

3. Robert Smithson, ‘Une visite aux monuments de Passaic’, Robert Smithson : une rétrospective, le paysage entropique 1960-1973, Paris, RMN, 1994, p. 182.

4. Jacques Rancière, Le Destin des images, Paris, La Fabrique, 2003, p. 20.

A propos de l’oeuvre de Shin-Yu Liao :

« Une pensée à deux propositions : il s’agit de la mémoire visuelle qui revient en dessin. Cheminement n°1 et 2, ces deux pièces apparaissent douces, fragiles, les images s’enchaînent différemment, et imposent rapidement à l’esprit la question du lire, de la retranscription de la pensée du paysage sur le support “livresque”.
Ces deux projets sont réalisés avec du papier calque au grammage assez fin pour faire transparaître le dessin manuel ou imprimé au dos. Les papiers choisis, transparent et mat pour le premier, léger et souple pour le second, et les zones imprimées suggèrent tantôt la transparence, tantôt l’opacité, en métaphore sensible du paysage, très voilé par la superposition translucide des calques. L’ensemble combine des points de vue multiples sur le paysage à différentes échelles, en composant des séquences de déplacement contemplatif, leur zone à chacune prolongée et reliée aux autres par le dessin. Les traits du dessin forment un territoire, souvenir d’un déplacement. Je propose également une vidéo d’animation du dessin originel sur calque. La vitesse de succession des images crée ainsi un mouvement ; c’est une façon pour moi de faire référence au geste de tourner la page. Les formes organiques se transforment de l’une à l’autre, du trait au trait, jusqu’à parfois envahir la page. »

Visuel : Shin-Yu Liao, Cheminement n°2, 2014, vidéo, animation en boucle, dessin sur calque, 5’23’’

Cette exposition est une invitation faite à l’ENSA Dijon, avec une sélection des travaux des étudiants par Philippe Bazin, artiste et professeur à l’ENSA Dijon.

http://www.interface-art.com/