Salon Paréidolie – Entretien avec Pascal Neveux


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© Bernard Plossu

Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui ouvrivra ses portes les 27 et 28 août prochains au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux. Aujourd’hui, nous sommes allés à la rencontre de Pascal Neveux, directeur du FRAC PACA (Provence Alpes Côte d’Azur) et membre du comité de sélection.

ADC : Dans un entretien publié dans la revue Zéro Deux en 2013, qui s’intéressait alors à l’ouverture du nouveau bâtiment du FRAC PACA, vous disiez : « Nous sommes dans une région très dense en foyers artistiques, en artistes, en événements, en festivals, en écoles d’art… Cela facilite l’inscription du Frac sur ce territoire mais ça nécessite également que l’on y joue un rôle réel  […]». Quelle influence a eu le FRAC PACA sur les autres structures de la région depuis trois ans ?

Pascal Neveux : Il ya eu beaucoup de changements, et le positionnement du FRAC  a changé depuis son ouverture, pour plusieurs raisons. La première est une question de visibilité, qui dépasse le seul cadre de la région. Il y a une attractivité du lieu et un potentiel d’exposition qui fait qu’on est vraiment sollicité par des structures en France et à l’étranger, pour être partenaire d’expositions, coproducteurs… Ce qui était relativement peu le cas précédemment. Nous avons acquis une nouvelle dynamique sur l’échiquier européen. Et puis à l’échelle régionale, on s’aperçoit que le bâtiment du FRAC, parallèlement à notre mission de diffusion, c’est un peu une chambre d’écho, c’est vraiment la caisse de résonnance des multiples partenariats qu’on peut avoir sur l’ensemble de ce territoire. Tout simplement parce que nous intégrons dans la programmation des espaces qui sont dédiés à des restitutions de projets, à des coproductions, à des projets qui peuvent être menés par des structures associatives, galeries, centres d’art, musées, fondations, sur leur territoire, et qui trouvent une visibilité à Marseille, en un temps donné. C’est à la fois une plateforme qui se positionne à l’échelle européenne, pour la circulation d’expositions, pour la production et les acquisitions,  et c’est en même temps une plateforme où le FRAC accueille énormément de structures du territoire.

ADC : A la fin du mois aura lieu la troisième édition de Paréidolie, le salon international du dessin contemporain de Marseille, dont vous êtes membre du comité de sélection. Quel est le rôle du FRAC en tant que partenaire culturel de l’événement ?

P.N. : Nous avons toujours été partenaires de Paréidolie et Art-o-Rama. Nous participons ainsi activement aux temps forts de la rentrée à Marseille. Cette année en l’occurrence, nous présenterons un accrochage inédit de dessins de Cristof Yvoré, qui fera partie de la saison du dessin initiée par Paréidolie. De plus, nous avons une position tout à fait spécifique au FRAC, car l’acquisition du dessin est un axe que nous avons démarré depuis 2015, et que nous développons sur les trois années 2015-2018. Nous éprouvons donc une réelle curiosité, un réel intérêt pour ce médium ainsi que pour les différentes propositions faites par le salon Paréidolie.

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Vue de l’exposition Image Not Found, Lieven de Boeck, mars 2016. © J-C Lett.

ADC : Pouvez-vous préciser la place de ce médium au sein de votre collection ? Et dans le cadre de vos missions culturelles ?

P.N. : L’adéquation entre l’acquisition d’œuvres et la programmation d’expositions est vraiment un élément moteur depuis mon arrivée en 2010. Toute exposition présentée au FRAC génère une proposition d’achat. Mais c’est vrai que la place du dessin s’est affirmée depuis l’année dernière, pour les raisons que je viens d’évoquer. Le corpus de dessins de la collection est très beau, avec des pièces vraiment majeures, historiques (il inclut des œuvres de Jean Le Gac, A.R. Penck, Hervé Télémaque, Pierre Alechinsky…). Il s’arrêtait cependant un peu avant la fin des années 80. Après cette époque, nous nous sommes plutôt concentrés sur l’image en mouvement. Cela nous permet donc de nous repositionner, puis de réactualiser vraiment le corpus des dessins dans les collections du FRAC.

La saison du dessin offre également un contexte propice aux échanges. À partir du moment où il y a une attractivité importante à Marseille, avec le salon du dessin, le FRAC affirme sa politique d’acquisition, et s’engage dans une dynamique partenariale, d’échange, de réflexion commune. C’est une dynamique à tous les niveaux, à la fois pour les artistes, pour les collections publiques, et aussi en termes économiques puisque c’est l’occasion de pouvoir mettre en place des coproductions, et de soutenir vraiment l’art.

ADC : En France, les dynamiques culturelles dédiées au dessin semblent se développer essentiellement au sein de structures privées (foires, galeries spécialisées, prix indépendants…). Quel est votre point de vue sur cette situation, et comment pensez-vous qu’elle puisse évoluer dans des structures publiques ?

P.N. : Il y a en effet peu de structures publiques dédiées au dessin. Mais quand on regarde la collection de l’ensemble des FRAC, on s’aperçoit que le dessin y occupe une place importante, avec des œuvres datant des années 70 à nos jours. Des initiatives privées se sont mises en place en proposant une gamme de prix différente des autres médias, ce qui crée un nouveau marché ouvert à des collectionneurs qui peuvent y accéder plus facilement. C’est donc un terrain où on défriche beaucoup. Les structures publiques l’ont toujours fait, mais ne l’ont pas forcement affiché dans leurs accrochages.

ADC : On peut se demander pourquoi, étant donné que d’autres médias ont leur propre structure publique dédiée…

P.N. : Oui, tout à fait. C’est vrai qu’on retrouve plutôt une cartographie dédiée à la photographie et à la vidéo. Et beaucoup de choses se développent aujourd’hui autour de la sculpture. Peut-être que les choses vont évoluer car le dessin est bien présent, surtout chez les artistes. Donc je crois que c’est vraiment dans les politiques d’achat que les choses vont évoluer. Plus que dans la création de nouvelles structures, parce qu’on est dans un moment de crise économique forte et qu’il y a peu de chance que des structures publiques dédiées au dessin voient le jour. Je pense que la cartographie n’évoluera pas forcément. Par contre, au sein de ces mêmes structures publiques, il est certain que le dessin occupe aujourd’hui une place particulièrement importante.

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Vue de l’exposition S’Absenter, Francoise Pétrovitch, juillet 2016. © J-C Lett.

ADC : Il semble qu’il existe une proximité entre les structures privées et publiques à Marseille, comme vous le mentionniez plus haut. Est-ce que l’intérêt croissant pour le dessin favorise cette situation ?

P.N. : Il y a une situation singulière dans cette région et à Marseille, c’est que les galeries  privées sont parfois subventionnées et de statut associatif, parfois complètement indépendantes. Ce qui est intéressant c’est que l’ensemble de ces structures accompagne, forme, encadre de nouveaux collectionneurs dont la porte d’entrée principale est le dessin. Et c’est souvent par une acquisition de dessins que de jeunes collectionneurs peuvent vraiment commencer à collectionner. On le voit actuellement avec Françoise Pétrovitch, dont nous montrons le travail au FRAC. Il y a des personnes qui ont acheté ses dessins et qui d’un seul coup ont le sentiment qu’on est très loin des offres du marché de l’art, de ses stars et des prix absolument pharaoniques. Et il y a une proximité qui se construit avec l’artiste à travers le médium du dessin qui est très intéressante. C’est plus intime. On a le sentiment d’avoir un échange plus fort avec les artistes.

Entretien mené par Guilhem Monceaux

https://www.fracpaca.org/