Salon Paréidolie – Entretien avec Lydie Marchi

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Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui ouvrivra ses portes les 27 et 28 août prochains au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux. Aujourd’hui, nous sommes allés à la rencontre de Lydie Marchi, membre du comité de pilotage du salon.

Agenda du dessin : Lydie Marchi, tu es commissaire d’exposition indépendante et référente culture dans un centre social et culturel. Tu as été directrice de la galerie nomade SAFFIR de 2008 à 2013. Afin de poursuivre tes activités de promotion de la création contemporaine, tu as créé la plateforme Hydrib, une association à but non lucratif dédiée aux arts visuels, active depuis septembre 2013. Conjointement, tu es référente culture au Centre Social et Culturel de la cité de la Castellane à Marseille, membre du Comité d’Experts du réseau Marseille expos, membre des Conseils d’Administration du Mac Arteum – Musée d’art contemporain de Chateauneuf-le-Rouge (Bouches-du-Rhône) et de Flux(o), laboratoire interdisciplinaire de création artistique. Enfin, tu appartiens au comité de pilotage du salon Paréidolie, pour la troisième année consécutive. Peux-tu nous parler de ton « histoire » avec le dessin?

Lydie Marchi : Mon histoire avec le dessin est ancienne. Elle remonte à ma découverte, adolescente, de ce qu’est l’art. L’une des premières choses que j’ai pu découvrir, après la peinture flamande, c’est le dessin et notamment ceux de Raphaël. Un émerveillement mais également cette sensation de se trouver de l’autre côté du miroir, dans l’atelier de l’artiste. J’ai découvert à cette période que le dessin était un dessein. Le dessin, c’est le geste primitif. Les peintures rupestres de Lascaux sont à mon sens plus du dessin que de la peinture. Et, il y a ce geste fort aussi de l’enfant qui dessine dès qu’il le peut, dès son plus jeune âge. Ces gestes du quotidien aussi, qui consistent à griffonner sans arrêt : en réunion, au téléphone, sur tous les supports, que l’on sache dessiner ou non. Dessiner est un geste du quotidien. Un geste à la portée de tous qui fait que ce médium n’intimide pas. Même lorsque la technique utilisée confine à la perfection ou à l’hyperréalisme. C’est aussi un geste économique, dessiner cela coûte peu.

En terme de « choc esthétique et émotionnel », il y a eu en 2007 cette exposition magnifique au Musée des Beaux-Arts de Lyon, Le plaisir au dessin, dont Jean-Luc Nancy était commissaire. Un bonheur, un plaisir, un souvenir extraordinaire. Une exposition qui m’a donné encore plus le goût du dessin.

J’ai beaucoup défendu le dessin en tant que galeriste. J’ai consacré deux expositions personnelles à l’artiste Joao Vilhena, en 2010 et en 2012. Nous avions présenté pour la première fois à Marseille son travail de dessin, extraordinaire, basé sur la technique du trompe-l’œil et teinté d’humour et de références. Un des artistes de la galerie, Maciek Stepinski, photographe polonais, avait aussi présenté des walls drawings et des dessins en 2010. Ce qui avait déstabilisé les personnes connaissant son travail. C’était pour lui une pause, un moment réflexif dans son parcours. Un moment où, par le dessin et par ce médium seul, il revenait à son histoire, la sienne et celle de son pays. Aucun autre médium ne pouvait rendre ces émotions qu’il souhaitait partager. En 2010 ou 2011, j’avais également initié une exposition intitulée Dessine-moi … au cours de laquelle j’avais demandé à Javiera Tejerina-Risso, artiste franco-chilienne, de me proposer une vidéo qui puisse partager avec le regardeur ce sentiment de percevoir un dessin. Elle avait proposé une vidéo quasi hypnotique, Blanc Bleu, en filmant la mer. Les ondulations des vagues formaient un dessin naturel, sans cesse changeant et enchanteur. Lors de mon premier commissariat à la galerie Karima Célestin en tant que commissaire d’exposition indépendante, j’avais proposé une série de quatre dessins de Pascal Navarro, et à contrario j’avais choisi de proposer une immense toile de la série des Nébuleuses d’Emmanuel Régent, plutôt qu’un de ses dessins.

Et puis, la première œuvre que j’ai acheté était un dessin …

J’aime le dessin !

ADC : Tu t’investis dans le développement du salon Paréidolie depuis sa création, en 2014, et sa gestation en 2013. En seulement trois éditions, le salon est passé de 10 à 14 galeries, il s’agrandit mais reste toujours confidentiel, avec un fort taux de renouvellement puisque neuf galeries exposent pour la première fois en 2016, et une sélection tournée vers la création internationale (50% de galeries françaises, et 50% de galeries européennes). Tu as vu le salon grandir, et tu connais bien la scène marseillaise depuis plusieurs années. Selon toi quels sont les enjeux d’un tel évènement dans la cité phocéenne?

L.M. : Lorsqu’en 2013, nous nous sommes réunis, Martine Robin, directrice du Château de Servières, Françoise Aubert, alors coordinatrice au sein de la Fondation Vacances Bleues, Michèle Sylvander, artiste, Bernard Muntaner, ancien directeur du FRAC PACA qui a quitté l’aventure rapidement, et moi-même, nous n’avions absolument pas conscience que nous étions en train de nous lancer dans un challenge énorme.

Martine Robin est à l’origine du projet mais souhaitait être accompagnée. Nous avons toutes apporté nos compétences dans ce projet. Avec une immense émotion lors de l’ouverture des portes de la première édition. Nous sommes des afficionadas du dessin. Nous avons souhaité mettre en place un projet à dimension intimiste, même si cette année nous doublons quasiment le nombre de galeries. Intimiste parce que l’intimité correspond à notre ressenti personnel du dessin. Nous avons également choisi d’établir un équilibre entre galeries françaises et galeries étrangères.

Il y a plusieurs enjeux qui sont entrés en compte dans la création de PARÉIDOLIE. Fin août, Marseille lance sa rentrée de l’art contemporain. Les galeries du réseau Marseille expos ouvrent à ce moment après la pause estivale, ainsi que la foire Art-O-Rama. Marseille compte deux temps fort de l’art contemporain : le Printemps de l’Art Contemporain, dont le coup d’envoi est lancé lors du week-end de l’Ascension, et la Rentrée de l’Art Contemporain, le dernier week-end d’août. Il s’agit pour nous de renforcer encore plus l’attractivité dans le champ de l’art contemporain à Marseille. Nous avons souhaité démontrer qu’il pouvait exister dans notre ville un véritable marché de l’art, et plus particulièrement du dessin. Par ailleurs, nous avons souhaité associer, dès la première année, nos partenaires du réseau Marseille expos par la mise en place de la Saison du Dessin, qui se tient depuis 2014 durant le dernier trimestre de l’année.

ADC : Le salon Drawing Now, à Paris, a fêté ses 10 ans au printemps dernier, avec une édition particulièrement remarquable. Quelques semaines plus tard, Christine Phal, sa directrice, a annoncé l’inauguration prochaine du Drawing Lab, un centre d’art privé dédié à la promotion du dessin contemporain, visant à « pérenniser » les actions engagées en faveur de ce médium tout au long de l’année. En septembre, la seconde édition du salon Art on Paper, en collaboration avec Bozar, ouvrira ses portes à Bruxelles. En octobre, se tiendra la septième édition du salon drawingroom à Montpellier. Ces évènements facilitent bien entendu la visibilité des artistes, mais tandis que les galeries qui les défendent peinent à survivre plus de 5 ans, comment vois-tu cet engouement européen pour le dessin? Est-ce une force, un défi?

L.M. : L’engouement pour le dessin est effectivement récent. Il a moins de 20 ans en Europe. Montrer de l’art coûte cher. Un dessin est moins onéreux à l’achat qu’une peinture certes, mais proposer une exposition de dessins n’est pas forcément avantageux pour le galeriste ou l’artiste. J’espère que nous facilitons la visibilité des artistes mais aussi des galeristes. C’est un duo! Il se dit que le dessin est l’avenir du marché de l’art même si les institutions, à l’exception des FRAC, en achètent peu.

Il existe, au niveau du marché de l’art, plusieurs types de dessins et plusieurs marchés du dessin. Il y a le marché de ce que l’on pourrait nommer le dessin de création, que nous défendons ; celui du dessin de signature ; le marché du dessin de la bande-dessinée, du dessin-animé ou des jeux vidéos ; enfin il y a le dessin de presse et de caricature. Chacun de ces médiums, s’il est du dessin, correspond à un marché particulier et différent. Les trois derniers existent depuis fort longtemps tandis que le premier est né, véritablement, il y a une vingtaine d’années. Ce marché correspond par ailleurs à une pratique nouvelle d’artistes contemporains qui ont adopté ce médium comme médium principal, voire même unique, et ce bien évidemment en ne tenant pas compte du marché de l’art, mais simplement par goût, désir, passion, intérêt.

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ADC : Peux-tu nous parler de la saison du dessin, développée au sein du réseau des galeries et des lieux d’art contemporain de Marseille expos et du territoire Marseille-Provence?

L.M. : Nous avons, dès la première année, souhaité partager ce moment privilégié qu’est PARÉIDOLIE avec nos partenaires du réseau Marseille expos. Mettre en place une dynamique sans y associer le territoire dont nous sommes issues nous semblait être un contresens.

Or, beaucoup de galeries ou de lieux du réseau défendent depuis des années le dessin. Je pense à la galerie Porte-Avion, à OÙ, lieu d’exposition pour l’art actuel, à la Compagnie, à la galerie Gourvennec Ogor, à la Gad et bien-sûr au FRAC PACA qui est notre partenaire des premiers moments également. Dès la première année, nous avons compté parmi nos partenaires Mac Arteum, musée d’art contemporain, situé en milieu rural à Chateauneuf-le-Rouge, au pied de la Sainte-Victoire.

Cette année plusieurs autres lieux nous ont rejoint : le centre d’art d’Istres, la chapelle des Pénitents Noirs à Aubagne, le centre d’art Fernand Léger à Port-de-Bouc ou le musée Estrines à St-Rémy-de-Provence.

Cette saison du dessin essaime autour de cette pratique jusqu’à la fin de l’année 2016. Elle prouve à la fois le dynamisme de ce médium et l’intérêt que les professionnels et les institutions lui trouvent et ce pour le plus grand plaisir du public. Ce dernier pourra découvrir : le travail d’Hiraki Sawa présenté au musée Grobet-Labadié – Marseille – durant le week-end d’ouverture de PARÉIDOLIE uniquement, avec un commissariat de Léa Bismuth ; mais aussi les dessins du peintre Cristof Yvoré, décédé en 2013, au Frac PACA, lesquels n’ont jamais été présentés au public, ou encore la pratique du dessin de Lionel Sabatté au Mac Arteum. L’American gallery présentera le travail extraordinairement poétique de Sharka Hyland, en collaboration avec la galerie Bernard Jordan présente sur PARÉIDOLIE ; la galerie Porte-Avion a choisi de présenter une exposition collective qui balayera une multitude de pratiques du dessin, des collages de Denis Brun à la pratique plus géométrique de Catherine Melin ; La Gad fera sensation avec Collection type # 4, une exposition collective où l’on retrouvera notamment Jérôme Cavalière, Fred Pradeau, Nicolas Desplats ou Ibai Hernandonera, et innovera totalement dans son mode de monstration ; le Château de Servières présentera sa quatrième exposition intitulée « À l’heure du dessin », avec une sélection de six artistes : Marine Pagès, Yohan Ximenès, Yves Schemoul, Julien Lévy, Joseph Dadoune et Véronique Duplan, et y explorera la question des frontières. La galerie Gourvennec Ogor présentera Alpe Romero ; OÙ, lieu d’exposition pour l’art actuel, Thierry Liégois ; Art-Cade – Galerie des Grands Bains Douches, Diane Guyot de Saint Michel ; le centre d’art Fernand Léger, Anne Goyer ; Voyons-Voir / art contemporain et territoire, Didier Petit et Alain Brunet ; le Musée Estrines, une exposition collective avec, notamment, Karine Rougier ou Balthazar ; le centre d’art d’Istres, une exposition collective également, avec Clément Bagot et Corinne de Battista entre autres ; et enfin la Chapelle des Pénitents Noirs s’est associée à l’Artothèque Antonin Artaud, située dans un lycée des quartiers nord de Marseille, pour présenter une sélection de dessins issus des collections de l’Artothèque tandis que cette dernière proposera la production actuelle des mêmes artistes dans ses murs.

Et tout cela sera formidable !

ADC : Peux-tu nous parler de tes projets en cours, à venir?

L.M. : Le prochain gros projet sur lequel je travaille est un projet relatif à ma double vie dans le social et l’art contemporain. Je développe un projet à la fois d’écriture et d’exposition relatif à cette double expérience. Un projet que je souhaite généreux, participatif mais pas que.

Et parfois, je réponds à des appels à candidature mais j’admets avoir peu de temps pour cela …

Et puis, nous pensons toutes les quatre à la quatrième édition de PARÉIDOLIE !

Entretien mené par Anne-Cécile Guitard

Légendes : Portrait, Courtesy Javiera Tejerina-Risso

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