Salon Paréidolie – Entretien avec Barbara Polla

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Pavlos Nikolakopoulos 2, © l'artiste, courtesy Analix Forever

Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui ouvrivra ses portes les 27 et 28 août prochains au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux. Aujourd’hui, nous sommes allés à la rencontre de Barbara Polla, directrice de la galerie Analix Forever à Genève, et membre du comité de sélection.

ADC : Barbara Polla, vous êtes directrice de la galerie Analix Forever, fondée en 1991 à Genève. Vous avez, entre autre, exposé pour la première fois hors de leur pays, les artistes Maurizio Cattelan, Sarah Lucas, Tracey Emin, Daria Martin, Martin Creed, Mat Collishaw ou encore Angus Fairhurst. Vous défendez également le travail d’artistes émergents, tels qu’Andrea Mastrovito, Emmanuel Régent ou encore Eric Winarto. Vous êtes aussi écrivain et vous avez publié, entre autres, un livre à propos d’une exposition de dessins : Noir clair dans tout l’univers1. Vous défendez aussi bien le dessin « traditionnel » que ses pratiques élargies, et portez un intérêt particulier à l’art vidéo. Pouvez-vous nous parler de votre « histoire » avec le dessin ?

Barbara Polla : Mon histoire avec le dessin est indissociable de mon histoire avec le livre et le carnet. Le dessin fait signe, le dessin fait sens. Sa simplicité absolue – le crayon et le papier, la craie et la paroi de la grotte – le flux direct du cerveau à la main, le « presque rien », la poésie. Quand j’ai ouvert ma galerie il y a 25 ans, très vite j’ai fait une grande exposition de dessins : Segni e Disegni (Signes et Dessins)2 – une exposition, un catalogue (39 artistes italiens, de Boetti à Merz, de Clemente à Paladino, de Cucchi à Chia…). Le premier livre sur l’art dont j’ai dirigé la publication est intitulé Tigre de papier. Je ne sais pas dessiner, mais je sais écrire, et j’aime la combinaison des deux, tous les carnets d’artistes…

Et j’aime le dessin parce qu’il est toujours authentique.

ADC : Vous avez aussi bien écrit sur la médecine, le genre, le handicap, la peinture ou encore le dessin, notamment avec l’historien de l’art et commissaire Paul Ardenne1, ainsi que des livres plus personnels. L’interdisciplinarité semble être votre marque de fabrique.

B.P. : Oui, j’essaie constamment d’abolir les barrières – notamment entre les disciplines. Lorsque je travaillais comme médecin chercheur à la faculté de Médecine de l’Université de Genève, j’ai organisé les premiers colloques interfacultaires : entre physique et biologie (la mémoire de l’eau), entre sémiologie et médecine (les signes et les symptômes, le signifiant et le signifié), entre philosophie et sciences (science sans conscience…), entre médecine et art : la médecine elle-même est un art, et en médecine, c’est souvent par le dessin que l’on conceptualise les relations entre les organes et les circuits intérieurs du corps.

Et puis, chaque mur que l’on abat crée un pont ! Abattre les murs est à la base de la créativité et de la rencontre de l’autre.

ADC : Pourriez-vous nous parler de la Fondation Prim’Enfance, ainsi que du site internet dessin, etc…?

B.P. : J’ai été médecin avant d’être galeriste et je garde des liens étroits avec la médecine. Philippe Monnier, un collègue formidable, a créé la Fondation Prim’Enfance dont le but est d’aider des structures de soins existantes à mieux prendre en charge les enfants. En faveur de sa Fondation, j’ai alors décidé d’organiser la première vente aux enchères officielle qui ait jamais eu lieu en galerie à Genève, avec un « marteau » français qui plus est ! La part habituelle des artistes leur revenait, la part « galerie » en revanche était destinée à la Fondation. Pour l’occasion, nous avons créé un blog spécifique, dessinsetc.wordpress.com, qui depuis est alimenté par notre amour durable du dessin. Sans oublier que le dessin est aussi l’un des mediums préférés des enfants, des tout petits aux plus grands !

ADC : Pouvez-vous nous parler des deux artistes que vous représenterez pendant le salon Paréidolie, les 27 et 28 août prochains à Marseille ?

B.P. : Sur le thème du « presque rien »,  je montre le travail deux artistes qui ne se connaissent pas encore, le grec Pavlos Nikolakopoulos, qui viendra à Marseille pour la circonstance, et la hongroise Eszter Szabo. Pour Nikolakopoulos, le « presque rien » correspond au minimalisme qui s’est invité dans ses œuvres en même temps que s’installait en Grèce un minimal vital. Une épure aussi philosophique que pragmatique. Pour Eszter Szabo, le « presque rien », ce sont les « petits riens » de la vie quotidienne. La jeune artiste, qui vient de passer deux ans au Fresnoy, dans son pays depuis toujours observe, prend le temps de déceler les moindres détails, si familiers qu’ils en deviennent presque invisibles et les fait revivre dans ses dessins minuscules où les personnages fictifs s’inspirent de ceux bien réels qu’elle a rencontrés, écoutés, photographiés, filmés, aimés, quelques instants, dans la rue. La vulnérabilité, l’inertie, la lassitude, l’indifférence, la méchanceté, la solidarité aussi, sans emphase, se font jour sous nos yeux enchantés dans les minuscules aquarelles de Szabo – qui deviennent parfois des vidéos. Car vidéo et dessin sont intimement liés, et cela n’a pas échappé aux organisatrices de Paréidolie, qui proposent, en parallèle aux dessins, une programmation de ces « dessins animés » que sont souvent les vidéos.

Eszter Szabo, Sargapingv, 2009, 15 cm x 12 cm, aquarelle, latex © the artist

ADC : Vous êtes la seule galerie présente sur le salon depuis la première édition, en 2014, et vous êtes également membre du comité de sélection 2016. Paréidolie s’agrandit mais reste toujours confidentiel, avec trois galeries de plus qu’en 2015 et un fort taux de renouvellement, puisque neuf d’entre elles exposent pour la première fois. Vous avez vu le salon grandir, selon vous quels sont les enjeux d’un tel évènement dans la cité phocéenne ?

B. P. : Oui j’ai cette chance insigne d’être à Paréidolie pour la troisième fois. Il faut dire que le Salon, son format, ses organisatrices, sa qualité, son option « small is beautiful », m’ont absolument enthousiasmée dès la toute première fois. Et quand je suis enthousiaste j’ai tendance à le faire savoir – j’ai donc essayé, dans la mesure de mes moyens, de contribuer au succès du Salon. L’un des enjeux essentiels a été de créer une vraie situation de « win-win » (les seules viables dans la durée) avec Art-O-Rama. Pour le reste, tout semblait être là et se faire comme par magie…

ADC : Pourriez-vous nous parler de vos projets en cours, à venir ?   

B.P. : Je suis en ce moment en Anatolie, où je prépare une exposition dans un musée au milieu de nulle part pour mai 2017. Fin août je serai à Paréidolie… puis j’expose à Genève, dans ma minuscule galerie, le duo d’artistes qui a fait le Pavillon polonais à la Biennale de Venise l’an dernier, autour d’un projet un peu fou… la folie de l’est – et du temps du monde. Je suis la commissaire associée de Paul Ardenne pour le Festival de Photographie des Photaumnales 2016, à Beauvais, sur le thème LOVE STORIES, avec trente artistes français et internationaux (vernissage le 8 octobre). Je poursuis mon travail sur le thème « Art & Prison » avec notamment Nicolas Daubanes qui sera aussi présent à Paréidolie et j’ai plusieurs projets de livres en cours, des livres d’artistes, écriture et dessin bien sûr – mais aussi des projets personnels, parmi lesquels une sombre histoire qui se passe dans la cité phocéenne… Le titre ? Prochain train dans une minute. Il me faudrait une résidence d’écriture à Marseille, en 2017 peut-être ?

À suivre !

Voir, entre autres : Paul Ardenne, Andrea Bruciati, Paolo Colombo, Joseph del Pesco et Barbara Polla, Andrea Mastrovito | Tigres de papier, éditions monografik, 2008. Barbara Polla et Paul Ardenne, Peintures. Please, pay attention, please, éditions Le Bord de l’eau, Bruxelles, 2010. Noir Clair dans tout l’univers, Collectif sous la direction de Barbara Polla, éditions La Muette, 2012. L’Ennemi public, Collectif sous la direction de Barbara Polla, Paul Ardenne et Magda Danysz, éditions La Muette, 2013. Mat Collishaw ou l’horreur délicieuse, Collectif sous la direction de Barbara Polla, éditions La Muette, 2013. Barbara Polla, Tout à fait homme, Odile Jacob, 2014. Barbara Polla, Vingt cinq os plus l’astragale, Art & Fiction, 2016.

Segni e Disegni, 1980-1993 / A cura di Gianni Romano, Art Studio Edizioni, 1993.

Entretien mené par Anne-Cécile Guitard.

Légendes : Portrait de Barbara Polla à Baksi, © Barbara Polla ; Pavlos Nikolakopoulos, © l’artiste, courtesy Analix Forever. Eszter Szabo, Sargapingv, 2009, 15 cm x 12 cm, aquarelle, latex © the artist.

http://www.pareidolie.net/

https://analixforever.wordpress.com/

https://dessinsetc.wordpress.com/fondation-prim-enfance/