Salon Paréidolie – Entretien avec Nadine Gandy

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Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui ouvre aujourd’hui ses portes au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux.

ADC : Nadine Gandy, vous avez ouvert votre première galerie en 1992 dans le centre de Prague, quelques années à peine après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme. Installée à Bratislava depuis 2005, vous êtes considérée comme une pionnière de l’art contemporain en Europe centrale, et soutenez aussi bien des artistes originaires des Balkans, que de l’Europe de l’Ouest ou de l’Europe de l’Est. Présente dans les plus prestigieux salons internationaux (Art Basel, FIAC, Art Brussels,…) vous participez cette année à la seconde édition du salon du dessin contemporain Paréidolie, à Marseille, les 29 et 30 août prochains. Quelle est votre « histoire » avec le dessin? Au coeur de cette Europe post-soviétique que vous connaissez si bien, peut-on parler d’une « culture du dessin »?

J’ai toujours aimé le papier, à titre professionnel et à titre personnel puisque je collectionne le dessin : Joseph Beuys, Felix Gonzales-Torres, Joseph Grigely, Babi Badalov, Roza El-Hassan, Zbynek Baladran, Lia Perjovshi, Zbigniew Libera, ou encore Denisa Lehockà, cette dernière étant aujourd’hui présente dans la collection Daniel et Florence Guerlain. J’ai ouvert ma galerie en 1992, très peu de temps après la chute du mur de Berlin. J’ai loué un musée à l’Etat car à l’époque il n’y avait pas encore eu de restitution des biens. J’ai montré ce que des gens n’avaient pas vu depuis 50 ans. Puis avec la construction de l’Europe, j’ai exposé des artistes venant d’Europe centrale, orientale ou issus des Balkans, pour la plupart très engagés. C’est devenu ma signature. Dans ces pays, il y a une génération sacrifiée, désenchantée. On est dans cette alternative entre les générations d’artistes précédentes, historiques, et celles qui arrivent vingt ans plus tard, plus percutantes, plus autonomes, et il est indiscutable que le dessin a été un support privilégié pendant ces longues années de fermeture.

ADC : Vous êtes commissaire de l’exposition « Women on Paper », qui se tient à l’Institut Français de Prague jusqu’au 15 septembre 2015. Des oeuvres d’Etel Adnan, Matali Crasset, Inci Eviner ou encore Agnès Thurnauer sont exposées. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet?

A travers cette exposition, qui s’est d’abord tenue à la galerie puis à l’Institut Français avec d’autres artistes, je souhaitais rendre hommage à des personnalités féminines qui par leur démarche singulière, courageuse, provocante parfois, contribuent à abolir les stéréotypes véhiculés par notre société. Il s’agit d’artistes de la génération d’Etel Adnan. Les questions essentielles de notre temps, qu’il s’agisse du rapport au corps, de la mémoire, de l’immigration, de ce qui de près ou de loin est lié à la notion d’identité sont abordées, mais avec un raffinement de la pensée que j’aime particulièrement.

ADC : Lors du salon Paréidolie, dont vous êtes également membre du comité, vous présenterez conjointement des oeuvres d’Etel Adnan, Babi Badalov et Matali Crasset. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos choix?

J’ai des relations très privilégiées avec les trois artistes que je vais présenter au salon. Chacun d’entre eux a produit des oeuvres spécifiques pour l’évènement. Etel Adnan et Babi Badalov présenteront des poèmes illustrés, puisque la question du langage est omniprésente dans mon travail avec les artistes, tandis que Matali Crasset exposera des dessins à l’encre et au feutre.

Entretien mené par Anne-Cécile Guitard.

Plus d’informations sur les artistes :

Etel ADNAN

« Etel ADNAN est née en 1925 à Beyrouth. Après des études à la Sorbonne et à Harvard, elle a enseigné la philosophie en Californie. Des livres sur la guerre civile libanaise comme Apocalypse arabe ou Sitt Marie Rose font d’elle l’une des voix les plus importantes et les plus écoutées du féminisme et du Mouvement pour la paix. Tant dans ses poèmes, que dans ses romans, ses vidéos ou ses toiles, ce qui importe pour elle, c’est la manière dont l’homme et le monde se construisent à partir des éléments de la nature. Je pourrais dire de ses œuvres plastiques et de ses textes qu’ils forment une architecture cosmique et, bien qu’elle ne construise ni pont ni maison, qu’elle est l’une des plus grandes architectes que je connaisse. Etel Adnan est sans conteste une grande artiste, et l’une des personnes les plus sages que j’ai pu rencontrer, un vivant trésor d’inspiration. » Hans Ulrich Obrist

Babi BADALOV

Babi BADALOV (né en 1959) est un voyageur, un nomade forcé d’Azerbaïdjan. Réfugié politique en France depuis 2011, Babi BADALOV construit un univers poétique, puisant à la fois dans ses souvenirs personnels et des questions sociétales : peinture, poésie, performance et dessins se mêlent dans des installations qui questionnent le sens, le signifiant et la norme dans nos sociétés contemporaines. Sa « poésie visuelle » apparaît également sous la forme de carnets de dessins et de collages, combinant des recherches artistiques et linguistiques et commentant la manipulation des images par les médias.

matali crasset

Née le 28 juillet 1965 à Chalons en Champagne, matali crasset est designer industriel de formation. A l’image d’un de ses objets emblématiques, la colonne d’hospitalité « quand jim monte à Paris », elle met en place une méthodologie propre dans laquelle elle questionne l’évidence des codes qui régissent notre vie quotidienne pour mieux s’en affranchir et expérimenter. Elle développe ainsi des nouvelles typologies articulées autour de principes tels que la modularité, l’appropriation, la flexibilité, le réseau. Son travail, qui s’est imposé à partir des années 90 comme le refus de la forme pure, se conçoit comme une recherche en mouvement, faite d’hypothèses plus que de principes. Elle collabore avec des univers éclectiques, de l’artisanat à la musique électronique, de l’industrie textile au commerce équitable. Ses réalisations l’ont ainsi amenée sur des terrains qu’elle ne soupçonnait pas, de la scénographie au mobilier, du graphisme à l’architecture intérieure. C’est finalement autour de la question du vivre ensemble que s’organisent les fictions, les récits et le sens du travail de matali.

matali crasset, La passion, 2015, encre et feutre sur papier, 29,7x21 cm. Courtesy Gandy gallery

matali crasset, La passion, 2015, encre et feutre sur papier, 29,7×21 cm. Courtesy Gandy gallery

 

http://www.gandy-gallery.com/

http://www.pareidolie.net/