Salon Paréidolie – Entretien avec Marine Pagès


Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui ouvre ses portes aujourd’hui au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux.

ADC : Marine Pagès, vous êtes artiste et éditrice de la revue Roven, que vous avez fondée avec Johana Carrier en 2009. Vous avez également lancé la plateforme Roven, afin de poursuivre les recherches entreprises par la revue par le biais d’expositions et de conférences. Pouvez-vous nous parler de ces différents projets ?

M.P. : Quand nous avons lancé Roven en 2009, avec Johana Carrier, la revue a été très bien accueillie. Il n’y avait pas encore de revue dédié au dessin et nous avions envie d’accompagner cette vivacité du dessin contemporain dans une perspective critique. Parallèlement, nous avons créé la Plateforme Roven, un collectif d’artistes et de critiques et commissaires (composé Johana Carrier, Joana Neves, Diogo Pimentao, Jean-Baptiste Couronne – jusqu’en 2011 – et moi-même) et nous avions envie de poursuivre des thématiques qui étaient abordées dans Roven, mais par le biais de l’expérimentation à travers des évènements, soirées, expositions. Le dessin au sein de la plateforme (comme au sein de la revue) est pensé comme un outil d’investigation de l’art. Pour les soirées par exemple, nous invitons des artistes à présenter leur travail par le biais d’une expérience qui peut être éphémère, expérimentale, sous forme d’action, de performance, de projection ou d’un accrochage. Nous expérimentons et participons nous-même. Cette année, nous avons réalisé un commissariat d’exposition en deux volets au Cabinet d’Arts graphiques du Mrac de Sérignan, Rituels, répétitions, contraintes, tentations.

ADC : En quoi vos pratiques d’artiste et d’éditrice se complètent-elles? Quand on regarde votre série de Routes, on remarque que seules les marges des routes sont figurées. Peut-on y lire un désir de recherche au delà du dessin traditionnel? L’aspect critique et prospectif de la revue influe-t-elle sur vos recherches personnelles?

M.P. : Ma principale pratique reste celle d’artiste, et celle d’éditrice me permet d’approfondir des notions liées au dessin à travers la revue ou des rencontres faites avec le collectif. Le travail d’éditrice est aussi une activité de recherche, et ces deux pratiques se nourrissent entre elles et se répondent, tout comme au sein de Roven, avec Johana Carrier nous sommes très complémentaires et nous partageons beaucoup nos découvertes, envies et interrogations.

Ma pratique artistique prend forme à la fois à travers des dessins mais aussi des volumes et installations. Il s’agit de construire des espaces de dessin sur papier ou dans l’espace, qui tient à un équilibre précaire. Les points de départ sont divers : des lieux existants de l’ordre du paysage (comme pour la série Sans titre, Routes), de la salle d’exposition ou de lieux imaginés.

C’est un jeu sur la stabilité des lignes, un équilibre dans l’espace car tout repose à la fois sur des tensions et des contrepoids et sur les possibilités d’une feuille de papier comme un espace réel remis en quelque sorte à plat. Si la feuille de papier est prise comme un objet, avec comme réalité première sa gravité, ses bords, ses angles, son grain, alors l’objet dessin est un espace physique, réel et entier. Du dessin sur papier souvent proche du volume répondent des structures dans l’espace proches du dessin. Une façon de regarder les gestes effectués, du trait à la ligne, sur papier ou en volume et de jouer de leurs similarités.

ADC : Vous faites partie du comité de sélection de Paréidolie, le salon international du dessin contemporain qui est inauguré à Marseille ce week-end. Quel est votre rôle au sein de ce comité?

M.P. : Paréidolie a été initié l’année dernière et le comité de pilotage (Martine Robin, Lydie Marchi, Françoise Aubert et Michèle Sylvander) m’a invitée à participer à la sélection des galeries. Il s’agit de moments de discussion pour étudier les différents dossiers et projets proposés. Ce qui est intéressant dans ce comité de sélection, c’est sa pluralité : collectionneur, galeriste, artiste, éditeur, etc… Et cette dernière se retrouve dans le salon. Onze galeries internationales ont été sélectionnées cette année, avec des artistes jeunes ou confirmés et « des familles de dessins » différentes. Le salon est très dynamique et convivial. Il se déroule sur deux jours, et l’avantage de sa taille, c’est de pouvoir rencontrer les artistes ou acteurs de l’art contemporain. C’est un véritable lieu de rencontre.

ADC : Depuis une dizaine d’année, le dessin connaît un regain d’intérêt, entre les foires et les salons (Drawing Now, Paréidolie…), la presse spécialisée (Roven, Collection, the Drawer…), et les grandes expositions (comme la récente donation des Guerlain au Centre Pompidou). Selon vous, pourquoi cet intérêt est si récent, et qu’en adviendra-t-il demain?

M.P. : Il y a un « focus » depuis quelques années sur cette pratique, mais l’intérêt du dessin à travers les expositions n’est pas si récent. Les artistes ont évidemment toujours dessiné, mais beaucoup d’expositions ont eu lieu dans les années 70 en Europe et aux Etats-Unis, et on mis en avant ce médium, notamment liés au contexte de l’art conceptuel. En France, des institutions comme le FRAC Picardie ont depuis les années 80 consacré leur collection au dessin. Mais c’est aussi avec l’apparition des foires que le dessin a été remis en avant.

On peut parler de différentes pratiques de dessin. Il y a à la fois des artistes/dessinateurs « purs et durs » et des artistes qui ne dessinent pas forcément régulièrement mais qui s’emparent des outils du dessin. Mais c’est aussi notre vision du dessin qui s’est élargie.

Quant à l’avenir du dessin, j’espère qu’il aura toujours autant de visibilité, et que les initiatives liées au dessin continueront à apparaître. Il n’y a jamais trop de monde.

ADC : Quels sont vos prochains projets (en tant qu’artiste, éditrice, ou bien dans un nouveau domaine)?

M.P. : Avec Roven, nous sortons très prochainement un ouvrage en co-édition avec le musée Jenisch Vers le Visible : exposer le dessin contemporain 1964-1980 (sous la direction de Julie Enckell Julliard) qui porte son attention sur l’histoire des expositions de dessin en Europe et aux Etats-Unis. Nous sommes très heureuses de ce projet, qui pose justement la question de l’évolution du statut du dessin, de sa légitimité mais aussi de sa monstration. Un lancement est prévu en octobre au 8 rue Saint-Bon à Paris. Puis, nous préparons le numéro 12 de la revue qui sortira en mars 2016.

En tant qu’artiste je viens de m’installer dans un nouvel atelier. Investir un nouveau lieu est aussi une façon de relire le travail effectué et de l’investir autrement, avec d’autres contraintes, celle de l’espace, de la lumière ; enfin de nouvelles séries de dessins, de gouaches et de volumes sont en cours.

Entretien mené par Guilhem Monceaux.

http://www.pareidolie.net/

http://rovenrevue.blogspot.com/