Salon Paréidolie – Entretien avec Karima Celestin

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Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui se tiendra les 29 et 30 août prochains au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon.

ADC : Karima Celestin, après des études aux Beaux-Arts d’Oran en Algérie, votre pays d’origine, puis 20 ans passés à Paris, durant lesquels vous avez suivi des études de scénographie théâtrale et créé votre première galerie ( l’espace k ), vous avez ouvert votre galerie à Marseille en 2012. Vous avez dès lors privilégié deux médiums, le dessin et la vidéo. Quelle est votre « histoire » avec le dessin?

Le dessin a toujours fait partie de ma vie, depuis toute petite et aussi longtemps que je me souvienne. A l’école des Beaux-Arts où j’étais étudiante, j’arrivais souvent à l’avance pour avoir la meilleur place pendant le cours de dessin, et en tant qu’artiste j’ai toujours dessiné ; plus tard en tant que galeriste, j’ai toujours montré et défendu ce médium et aujourd’hui j’en collectionne avec passion.

ADC : Dans le cadre du salon Paréidolie, salon international du dessin contemporain qui se tiendra à Marseille les 29 et 30 août prochains, on vous a proposé une carte blanche à laquelle vous avez répondu en invitant l’artiste Massinissa Selmani, qui présente actuellement son travail à la Biennale de Venise. Par ailleurs vous présenterez une sélection de vidéos d’animation dans le nouvel espace de projection du salon. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces divers projets?

Je suis heureuse de participer à cette jeune foire qui a tout d’une grande ; dans cette idée j’ai traité du sujet de la féminité et de l’épanouissement pour la programmation vidéo qui m’a été confiée. J’ai voulu en quelque sorte raconter l’histoire d’une petite fille qui grandit et prend son envol, ainsi le screening est-il composé d’une dizaine de vidéos d’animation, de différents artistes internationaux , avec un fil conducteur du début à la fin. C’est un véritable travail de recherche.

Pour la carte blanche qui m’a été offerte, je montre des dessins de Massinissa Selmani, un artiste dont j’apprécie le travail depuis quelques années, et qui a exposé récemment dans ma galerie. Dans son travail il y a de la simplicité, de l’humour, de l’ironie, de l’absurdité et de la révolte. Un mélange de discrétion et de grande force. Dans ses dessins il y a toujours une notion de mouvement, parfois accentué par une superposition de papier calque. Un regard cinématographique qui lie étroitement le dessin à la vidéo, j’adore! Son travail est déjà présent dans de grandes collections institutionnelles et privées, et visible dans deux importantes biennales cette année (Venise et Lyon).

ADC : Récemment, les institutions que sont le FRAC, le MUCEM et la Friche la Belle de Mai ont apporté un nouveau souffle au paysage culturel marseillais, tout comme le réseau associatif Marseille Expos, qui fédère depuis 2007 les divers acteurs de l’art contemporain. Toutefois les galeries privées restent peu nombreuses dans la cité phocéenne, seconde ville de France et véritable carrefour du bassin méditerranéen. Comment expliquez-vous ce phénomène? Qu’attendez-vous d’un salon tel que Paréidolie?

Oui depuis l’année 2013 les institutions que vous citez ont apporté un nouveau souffle à la ville avec une énergie et une programmation remarquables. Mais il est vrai et regrettable que les galeries privées soient si peu nombreuses, car il n’existe pas vraiment de marché de l’art à Marseille, et aucune condition pour favoriser cela, d’autant plus que le climat économique n’est pas encourageant pour inciter des structures privées à s’installer. Lorsque j’ai ouvert ma galerie en 2012, tout le monde me disait « Ah vous êtes courageuse !! »

C’est une très bonne chose qu’un salon comme Paréidolie existe aujourd’hui, tout comme Art-O-Rama, le FID (Festival International de Cinéma à Marseille), etc… Ce sont des évènements dont l’aura internationale attire de nombreux visiteurs et surtout des journalistes et des collectionneurs, les galeries seules ayant du mal à les faire venir durant l’année. Ce que je souhaite pour le salon Paréidolie c’est qu’il se développe en restant toujours dans l’exigence, tout en conservant son côté chaleureux et convivial! Qu’il ait une identité forte pour devenir un salon incontournable et il est sur la bonne voie…

Teyara

Massinissa Selmani, Teyara, 2011 © et courtesy de l’artiste

 

ADC : Vous avez récemment pris la décision de fermer votre galerie de Marseille pour vous consacrer à un nouveau projet dédié à la vidéo, à Londres. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?

Au bout de trois ans d’activité de ma galerie, j’ai profité de la fin de la période triennale du bail pour fermer le local qui est un très beau lieu lumineux, et cependant peu adapté à la vidéo. J’ai aussi le sentiment d’avoir fait le tour à Marseille et d’avoir besoin d’affronter un nouveau challenge, ce qui est pour moi motivant et même excitant. C’est pour cela que j’ai choisi Londres, car bien que ça soit une ville au niveau de vie élevé, elle est aussi foisonnante et offre plein de possibilités.

Mon projet sera exclusivement tourné vers la vidéo avec un format de galerie différent. Je souhaite devenir une spécialiste, une « pure player » et avoir ainsi une visibilité à l’internationale. Je continuerai donc à présenter du dessin d’animation, dans la suite de l’exposition collective qui s’est tenue à la galerie en avril 2015, « Dessine-moi une vidéo », et qui réunissait des oeuvres de Mohamed Bourouissa, Kim Byungkwan, Isabelle Levenez, Hyejin Kim et Massinissa Selmani. A côté de cela je vais développer une structure qui sera dédiée à des services innovants concernant la production, la diffusion et la protection du médium . A suivre…

Entretien mené par Anne-Cécile Guitard.

Concernant l’artiste Massinissa Selmani :

« L’espace du dessin et le temps de la réflexion

Les oeuvres de Massinisa Selmani se caractérisent par une extrême simplicité. Ce sont des montages d’images et de dessins ou de courtes animations dans lesquels se mêlent l’humour, l’ironie, et parfois même un sentiment de révolte. L’univers de la presse écrite, notamment les dessins et photographies, est très présent. Massinissa Selmani dessine et filme avec discrétion, sans bruit. Il se méfie de la grandiloquence de certains propos et répond à ceux-ci par des gestes mesurés et pausés. Cette économie de moyens dont il fait preuve est un choix : contre la violence médiatique, la prégnance des images, il oppose délibérément la fragilité de l’exécution et la discrétion du signe. Au volontarisme et à l’affirmation, il oppose la candeur et la sobriété. C’est une posture d’artiste que l’on croise assez rarement ; elle est une expérimentation de la pensée par la simplicité du dessin. » Jérôme Diacre