Salon Paréidolie – Entretien avec Diogo Pimentão


Dans le cadre de la seconde édition du salon Paréidolie, qui a ouvert ses portes ce week-end au Château de Servières à Marseille,  l’Agenda du dessin contemporain, partenaire de l’évènement, a initié une série d’entretiens avec les divers acteurs du salon, afin de mieux en saisir tous les enjeux.

ADC : Diogo Pimentão, vous êtes un artiste portugais, représenté par trois galeries à Lisbonne, Berlin et Paris. Vous avez étudié la sculpture dans votre pays natal et en Suède, mais votre pratique mêle également le dessin et la performance. Pouvez-vous nous expliquer votre processus de travail?

D.P. : Avant la fin de mes études, qui tournaient essentiellement autour du dessin, j’ai décidé d’étudier aussi la sculpture. Sans l’intention de devenir sculpteur, mais plutôt attiré par le besoin de sortir de la bi-dimensionnalité, trop présente dans l’enseignement du dessin. Frustré, peut-être, de ne pas pouvoir tourner autour : à l’école on parlait plus du dessin en rapport avec le regard, le plan, la carte, la représentation… Après cette décision je suis vite sorti du dessin de représentation et d’autres prémisses initiales. En voulant rentrer dans la tridimensionnalité le corps a pris de suite une place inattendue mais prépondérante.

ADC : Il y a effectivement dans votre œuvre un rapport évident entre le corps et le dessin. Si certaines pièces peuvent sembler minimalistes, il suffit de s’en approcher pour remarquer les imperfections, les stries, les traces de vos mouvements sur le papier. Pourquoi avoir choisi l’échelle du corps pour dessiner? 

D.P. : On parle souvent du “corps de travail”, ou “body of work” en anglais. Dans ce corps il faut imaginer un corps humain, physique, qui est lui aussi tangible et trace. Qu’il soit nommé m’intéresse peu. Très sincèrement je ne me voyais pas intégrer mon corps dans l’affaire. On est, ici et là, l’exécutant (il faut une part de responsabilité) mais entretemps, le corps a intégré assez naturellement un rôle beaucoup plus proche de “l’objet” présenté, qu’il s’agisse de dessin, de performance ou de sculpture.

L’échelle du corps correspond simplement à l’échelle 1/1 présente partout dans mon travail. C’est là que l’abstraction, le minimalisme, deviennent plus “réels” que la représentation. Parce que je m’éloigne de la représentation et de toute idée de “représentant”, mes dessins ne se réfèrent à aucun paysage, et le mouvement, les stries, ainsi que les imperfections deviennent tous des éléments constitutifs de l’œuvre. L’improvisation tient une grande part dans mon travail, et ce que j’essaie de contrôler finit toujours par changer de direction. Malgré l’envie d’être le détenteur de toutes les données de ma pratique, j’ai appris à partager!

ADC : Vous êtes membre de la revue Roven et de sa plateforme du même nom, qui entend joindre la critique écrite à l’expérimentation physique (par l’organisation d’évènements  expositions, workshops…). Quel est votre rôle au sein de cette plateforme? Cela influe-t-il sur votre travail?

D.P. : Je ne souhaite pas restreindre mes influences, je suis pour les influences “multipluricontinuum”, encore indéterminées dans leur totalité. Je ne suis pas encore complètement conscient de ce qui m’influe réellement… La Plateforme Roven est une collaboration assez fluide et organique, constituée

de 4 membres, dont deux commissaires et deux artistes. J’ai rencontré les éditrices de la revue Roven avant qu’elle ne voie le jour. J’ai vu naître le projet par le seul mérite de Johanna Carrier et Marine Pagès. Entre-temps, par le biais de ma compagne Joana Neves qui écrivait pour la revue, et une proposition d’intervention avec mon travail, je me suis rapproché encore plus de Roven. Peu de temps après on a tous eu envie de partager ce qu’on pense toujours être très important et fondamental, la critique écrite liée à l’expérience physique, non seulement proposée à l’artiste mais aussi au public qui devient lui aussi intervenant. Idéal pour influencer mon travail! Pas forcément sur ses structures fondatrices, déjà assez fragilisées par l’indétermination précise des influences, mais sûrement sur la conscience de l’œuvre en temps que proposition interdépendante.

ADC : La galerie Until Then présentera vos oeuvres pour la deuxième édition du salon international du dessin contemporain Paréidolie à Marseille. Quelles pièces allez-vous présenter? Que pensez-vous de l’évolution de la place du dessin en France ces dix dernières années (au vu des salons, foires et expositions qui y sont consacrés de manière exponentielle)?

D.P. : C’est la première fois que je présente mon travail à Paréidolie. Until Then montrera des œuvres en graphite, inference (informal #1) (2015, 243x62x1cm) et d’autres pièces de la même série où j’espère pouvoir partager mon intérêt pour le dessin dans sa force minimale, tout autant que pariétale. Une autre pièce, Maleable (suspension), (2015, 175×11,5x6cm), qui ne sera peut être pas montrée, se situe plus dans une dimension résiduelle et chronologique liée a l’accident et au procès.

À un certain niveau, en France et ailleurs, le dessin n’a heureusement pas encore un statut comme la Peinture, ou la Sculpture. On trouve rarement une place dans les bibliothèques dédiées au dessin comme on trouve pour la Danse ou le Cinéma. Je ne suis pas contre les publications et espaces dédiés au dessin comme vous pouvez bien le constater, mais ce manque de place est peut-être le signe qu’il ne veut pas devenir un médium figé. Il doit surtout rester inclassable, toujours actuel, vrai et vivant.

Entretien mené par Guilhem Monceaux

Portrait : D. Pimentão, © Johana Neves

http://www.pareidolie.net/