Rodrigo Arteaga – Instruction in a circle


Sobering Galerie

Du 14 mai au 13 juin 2015

L’Encyclopédie est devenue un des répertoires les plus larges de la connaissance humaine, incluant toutes les disciplines créées qui ont permis son appréhension: la botanique, les mathématiques, la géométrie, la philosophie, les arts, l’astronomie, la géographie, etc.

Nous avons fait des efforts remarquables pour classifier le monde qui nous entoure, en pensant qu’en ayant toutes les réponses, nous pourrions nous comprendre nous-mêmes, comme nous sommes le point de référence de toutes ces choses. Nous avons vite réalisé que le monde n’était pas statique et immuable, mais un lieu de changements constants dans lequel les standards – le mesurable et l’explicable – ne représentent pas l’intégralité du monde, mais seulement une fraction infime de celui-ci. Ce fait transcendant a conduit l’humanité pendant des siècles à vider l’inventaire de sa propre invention. Cette objectivité nous a donné un contrôle apparent sur la nature, mais a également complexifié et fracturé notre perception du monde.

Afin de reconstruire cet inventaire avec un nouveau modèle de connaissance, l’œuvre de Rodrigo Arteaga nous amène à oublier ces vieilles mesures afin d’être capable d’imaginer l’infinité des relations produites entre les différents objets et formes qui nous entourent. Dans cette exposition, ils s’interpénètrent, rendant ainsi difficile d’alimenter une narration unique et manifestant la fragilité de la leçon encyclopédique et de la compréhension empirique. Prenons l’étymologie de l’Encyclopédie comme instruction dans le cercle : les œuvres visent à ​​un système dans lequel la nature cyclique de l’univers nous oblige à constamment interroger les paramètres de la représentation des choses et de nous-mêmes, y compris de ce qui n’existe même pas ou de ce qui est incommensurable.

La série Encyclopedic Drawings (50 dessins au graphite sur papier) réinterprète les multiples représentations visuelles du monde par le prisme de différentes sciences telles que la biologie, la cartographie, l’anatomie, la botanique, l’astronomie. L’artiste est particulièrement intéressé par les espaces périphériques de la représentation, comme la manière dont le dessin d’une plante ne permet pas de savoir s’il a été créé à partir de l’imagination, d’une observation directe ou d’une autre image qui la représente. Ce sont des dessins réalisés à partir d’objets, d’installations, de collages, de livres et d’illustrations, tous installés simultanément comme une grande carte de la connaissance. Quelque chose de similaire se produit avec Herbarium of Botanical Studies : présentée à la manière d’un Musée d’Histoire Naturelle, cette œuvre met en lumière un groupe de spécimens dont la nature n’est pas présente et fait place à des illustrations découpées dans des livres de botanique. Il est intéressant de penser que le botaniste étudie les plantes dans la nature ou en laboratoire et, à partir de leur tridimensionnalité, reporte sur le papier ce qui lui permettra de divulguer les connaissances acquises à l’égard des personnes qui pourraient être intéressées de manière pratique. Ainsi, l’artiste choisit ces illustrations pour leur redonner leur tridimensionnalité originale, soulignant la fragilité de la connaissance et ses certitudes.

A travers la tentative humaine complexe de mesurer le monde, ce qui est nouveau aujourd’hui ne le sera plus demain ; ainsi certaines connaissances anciennes encore légitimes sont exclues par le besoin de nouveauté. Peut-être nous méfions nous du temps (notre propre mesure). Gardons à l’esprit que les livres utilisés par l’artiste sont pour la plupart obsolètes, les informations qu’ils contiennent ne sont plus utiles ou certaines. La connaissance a ses propres cycles d’une manière similaire à la nature. L’œuvre Autumn in Spring est, comme son titre l’indique, une contradiction sur la nature elle-même, un bond dans le temps. Les feuilles de l’automne chilien ont été scannées et imprimées sur papier, installées tel un tas de feuilles au sol, comme si elles avaient été balayées pendant le printemps parisien. Un trompe-l’œil qui peut se retrouver aussi dans plusieurs œuvres de l’exposition. La matérialité de presque toutes les œuvres est le papier, une recherche pour explorer le potentiel sculptural de l’image imprimée et la vie existant dans toutes les matières. Le squelette d’une feuille dans Botanical Scope, les circuits des cartes routières qui ressemblent au système artériel du corps humain dans Ramifications, et The Earth, la seule œuvre dans laquelle la vie se manifeste d’une manière perceptible (d’un livre à moitié clos émerge une plante vivante). Finalement, l’œuvre Globe nous donne la chance, au moins, de tenir le monde dans nos mains.

Nous sommes le serpent ouroborique de l’analyse mangeant continuellement notre propre queue. Dans la position de l’homme comme mesure de toutes choses, l’idée implicite est que l’homme, en essayant d’appréhender la réalité, la restreint seulement. Mesurer le monde le réduit et le rend moins significatif. Nous ne sommes pas conscients de la place que nous occupons dans l’univers jusqu’au moment où nous voyons la terre sur l’une des images qui nous laisse flotter dans un espace infini. Les choses ne disparaissent jamais complètement, elles changent seulement intemporellement.

Rodrigo Arteaga - courtesy Sobering Galerie

The Encyclopedia became one of the largest repositories for human knowledge including all created measures that enabled its apprehension: botany, mathematics, geometry, philosophy, arts, astronomy, geography, etc. We made great efforts to classify the world around us, thinking that when we had all the answers then we would know ourselves, since we were the point of reference for all things. But soon we realized that the world was not static and immutable, but an infinite and ever changing place, with which the standards –the measurable and the explainable- did not represent all of the world but only a minimal fraction of it. This transcendent fact has driven man for many centuries to empty the inventory of our own invention. This objectivity gave us an apparent control over nature, but also hardened and fractured our perception of the world.

In order to reconstruct this inventory with a new model for knowledge, the work of Rodrigo Arteaga leads us to forget these old measures to be able to imagine the infinity of relations produced between the different objects and forms that surround us. In this exhibition they affect one another, making it difficult to sustain a unique narrative, manifesting the fragility of encyclopedic lesson and also of empiric understanding. Taking the original meaning from Encyclopedia as Instruction in a circle the works are aimed onto a system in which the cyclical nature of the universe compels us to be constantly re-establishing the parameters of the representation of things and of ourselves, including that which doesn´t even exist or that is immeasurable.

The Encyclopedic Drawings series (50 graphite drawings on paper), reinterprets various visual representations of the world from the optics of different sciences like biology, cartography, anatomy, botany, astronomy. The artist is particularly interested in the spaces left by representation, as in how a drawing of a plant does not allow us to know if it has been created from imagination, from direct observation or from another image that represents it. There are drawings made from objects, installations, collages, books, and illustrations, all simultaneously installed as a large map of knowledge. Something similar occurs in Herbarium of Botanical Studies, arranged in the manner of a Natural History Museum, this work presents a group of species but in which nature isn`t actually there, instead it is represented in cut-out illustrations from botany books. It is interesting to think that the botanist studies plants in nature or in the laboratory and, from its three-dimensionality, brings it to paper to be able to disclose the acquired knowledge towards others that might be interested in a practical manner. In this case the artist takes this illustrations to turn them onto their original three-dimensionality, pointing out the fragility of knowledge and its certainties.

In the complex human attempt to measure the world, sometimes what is new today, tomorrow will be no more; so it is that some still legitimate ancient knowledge is dismissed by the need of something more recent. Maybe we mistrust time (our own measure). Let us bear in mind that the books used by the artist are mostly out-dated, the information in them is no longer useful or certain. Knowledge has its own cycles in a similar way to nature. The piece Autumn in Spring is, like its title suggests, a contradiction on nature itself, a temporary leap. The leaves from the Chilean Autumn have been scanned and printed on paper, installed as a pile of leaves on the floor, as if they were swept during Paris´s Spring. A wink of mislead, that is to be found in many of the exhibition´s works. The materiality of almost every one of the works is paper, as in a search for exploring the sculptural potential of the printed image and of life existing in all matter. A skeleton of a leaf in Botanical Scope, circuits of road maps that resemble the human body´s arterial system in Ramifications, and The Earth, the only work in which life manifests in a perceivable way –from a halfway closed book live plants emerge-. Finally the work Globe gives us the chance of having, at last, the world in our hands.

We are the ouroboric snake of analysis eating its own tail over and over again. In the position of man as the measure of all things, the idea that man by trying to apprehend reality only restricts it is implied. To measure the world is to reduce it and also to make it less significant. We are unaware of the part of the universe we occupy until we see earth in one of the images that in an on-going zoom-out leaves us floating in an infinite space. Things never completely disappear, they just timelessly change.

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