Le dessin dans tous ses états

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Exposition de l’Association des Jeunes Artistes Coréens

Du 20 mai au 10 juin 2015 au Centre Culturel Coréen, Paris

Commissariat : Sang-A Chun

Choi Thoji, Ha Yoomi, Han Yohan, Hong Bora, Jeong Insoo, Jung Hee-jung, Kim Heeyun, Lee Dong-hoon, Lee Eunhwa, Lee Eun-kyung, Lee Hwajin, Lee Jisun, Lim Suk-hee, Min Hang-ki, Min Sun-young, Park Hye-jung, Park Ji-hyun, Park Sung-ho, Seon Hye-young, Tak Harin, Youn Guideog

JiSun Lee, Trace_2014_28

LE DESSIN : UN LANGAGE MULTIPLE

L’exposition « Le dessin dans tous ses états », qui réunit 21 artistes de l’Association des Jeunes Artistes Coréens, pose une question simple en apparence : que représente le dessin aujourd’hui pour de jeunes créateurs ? À une époque où ce médium jouit d’un grand succès critique, public, commercial et institutionnel : qu’incarne-t-il, quel rôle joue-t-il dans leur processus créatif ?

Pour de nombreux historiens de l’art, l’origine du dessin serait le textile dans une généalogie du trait et de la trame. Ce lien est mis en exergue par l’artiste textile TAK Harin, qui brode sur des photographies, dans une affirmation de la pratique de la broderie comme dessin, le fil devenant trait. À la Renaissance, le dessin et le dessein ne font qu’un. Giorgio Vasari explique à son sujet qu’il est « l’expression apparente et la déclaration du concept que l’on possède dans l’esprit ». Mais que reste-t-il du dessein quand le dessin n’est plus ou est altéré ? Une des caractéristiques physiques du dessin, est sa qualité intrinsèquement éphémère et modifiable. Cette fragilité, doublée de sa nature duelle, à la fois dessin et dessein, est au cœur de l’exploration plastique de YOUN Guideog. Dans une réflexion sur la réincarnation, l’artiste brûle des reproductions d’images faisant partie de la mémoire collective, pour tenter d’en révéler l’essence même, l’esprit. Ce processus créatif d’une grande radicalité et imprégné de la philosophie bouddhiste, pose la question de la révélation d’une image et de son caractère iconique. La création passe ici par un acte destructeur à la limite de l’iconoclasme, mettant en exergue la charge émotionnelle de la fragilité de l’image. Cette dernière est cultivée par KIM Heeyun comme une mise en abîme de la fragilité de notre perception, de notre mémoire fragmentaire et sélective, à travers des dessins à l’encre de Chine d’une sobre efficacité. L’artiste cultive le noir et blanc pour créer des effets de positif/négatif, abstraction/figuration, exprimant ainsi la dilution de l’image par la mémoire et le temps. L’évanescence des souvenirs est également invoquée dans l’œuvre de JUNG Hee-jung. Très inspirée par l’artiste Geneviève Asse et sa fascination pour les portes et les fenêtres, l’artiste crée des paysages abstraits en référence au Changhoji, le papier de riz qu’on colle sur les portes coréennes. L’artiste tente de reproduire les impressions laissées par la transparence de ces portes de papier à travers lesquelles, enfant, elle imaginait les paysages, bercée par la lumière et le vent. L’encre infusée dans le papier dessine les contours de paysages mi-réels, mi-mentaux, reflétant la dissolution de ses souvenirs. Il est aussi question du passage du temps dans les aquarelles de MIN Sun Young, qui développe un travail autour de la nature morte, dans une réflexion sur le caractère éphémère de la vie. Au-delà du simple symbole de la Corée, l’iris constitue son champ d’expérimentation graphique et chromatique donnant lieu à des formes en constante évolution, au rythme de ses émotions et de ses flux d’énergie. Le dessin, tel un sismographe, enregistre les traces de l’investissement physique du corps de l’artiste comme dans la pratique de LEE Eunhwa, qui, à travers des effets de matière, sonde le rythme et les tensions du geste dans un rapport physique à l’œuvre et une temporalité donnée. Cette temporalité intéresse plus particulièrement LEE Jisun qui explore le dessin en tant que trace du mouvement, de l’action et du temps. Le dessin se fait alors espace de méditation sur le point, le trait, le temps et le mouvement dans un entrelacement de lignes. À la manière d’un journal intime, l’artiste explique que le dessin est pour elle une forme d’écriture de ses pensées et souvenirs. Cette intimité inhérente au dessin de par son caractère accessible et immédiat, au plus proche de la pulsion créative et de la subjectivité de l’auteur, est certainement la mieux partagée par les artistes. Pour LEE Eun-kyung cette intimité est liée à la mémoire et au deuil. Avec ces dessins réalisés au moyen de bulles de savon concentrées en eau de mer et de pigment bleu, l’artiste entend rendre hommage à la fois aux victimes du naufrage du ferry Sewol, survenu en avril 2014, et à sa grand-mère, décédée récemment. Dans cette œuvre sensible et poétique, les traces laissées par les bulles de savon renvoient à la fragilité et au caractère éphémère de la vie. Dans un autre registre de l’intime, le dessin est pour PARK Hye-jung, une pratique quotidienne très imprégnée de l’univers de l’enfance, des contes et des haïkus. Elle trace les contours d’un royaume de l’imaginaire où ses rêves prennent vie sous la mine de son crayon. On retrouve ce même univers de l’enfance chez PARK Ji-hyun qui réalise des illustrations aux couleurs douces et formes généreuses. L’intime prend une tournure intérieure et organique dans la série intitulée Cellulaires de JEONG Insoo. Réalisées aux crayons de couleur, ses coupes anatomiques dévoilent une intériorité d’une étrange abstraction, où les cellules ont des airs de créatures ou de paysages surréalistes. Chez HA Yoomi la pratique du dessin est étroitement liée à la peinture et au collage. Son univers plastique aux accents surréalistes, est peuplé de figures mi-animales, mi-humaines, mi-géométriques. À la fois naïfs et inquiétants, séduisants et primitifs, ses dessins semblent issus de cauchemars diurnes. Le surréalisme est aussi au cœur du langage plastique de LIM Suk-hee qui revendique un mouvement surréaliste dans l’art contemporain, comme un moyen de conjurer l’absurdité de nos sociétés actuelles. Là où LIM Suk-hee s’intéresse aux enjeux environnementaux, MIN Hangki est fasciné par la figure de l’Homme, son corps, ses formes, comme en quête de ce qui fait son essence. Sa pratique s’inscrit dans une observation aiguë de la banalité du quotidien où il saisit des figures anonymes de dos. Peintre de formation, il privilégie les effets de matière, comme dans cette série consacrée aux travailleurs où il utilise du mortier. Ses dessins ont une dimension à la fois intime et universelle.

À l’image de la multiplicité qui caractérise la pratique du dessin, les réponses proposées par les artistes aux questions énoncées en introduction, sont très variées. Tout en invoquant une grande diversité de techniques et de processus, ces créations partagent une réflexion commune sur la fragilité, l’intime, la mémoire et le temps.

Sonia Recasens, mai 2015

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L’AJAC est une association fondée à Paris en 1983, qui regroupe de jeunes artistes d’origine coréenne résidant en France. Elle organise chaque année une grande exposition de ses membres, mais aussi des expositions collectives en France et à l’étranger, où souvent, certains membres sélectionnés exposent aux côtés d’artistes étrangers dans un esprit d’échange et de partage. Cette année, l’association compte 27 membres actifs dont 4 nouveaux membres.

http://www.coree-culture.org/