LE CONTEMPORAIN DESSINÉ – ENTRETIEN AVEC AGNÈS CALLU

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Zarina Hashmi, Blinding Light, 2010, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris, Photo Georges Poncet.jpg

 

Dans le cadre du Parcours Drawing Now Paris (du 30 mars au 3 avril 2016), l’Agenda du dessin contemporain a souhaité s’entretenir avec Agnès Callu.

L’Agenda du dessin contemporain : Agnès Callu, vous êtes Historienne, Historienne de l’art, Conservateur du Patrimoine au Musée des Arts décoratifs de Paris, chargée du département des Arts graphiques (Cabinet des Dessins), et Chercheur associé permanent au CNRS (Institut d’histoire du temps présent). Vos sujets de recherche se concentrent autour de l’histoire culturelle, par le biais d’une approche pluridisciplinaire : histoire, philosophie, sociologie, anthropologie. Au cours de votre cursus, comment le dessin a-t-il pris une place aussi prépondérante, quelle est votre « histoire » avec ce médium?

Agnès Callu : Le dessin a toujours occupé une place fondamentale dans mon imaginaire. Adolescente, je lui trouvais, une fragilité, une grâce, une innocence, sans doute aussi, avant que le dispositif de l’œuvre ne vienne comme agir à la manière d’un recouvrement. Ma rencontre scientifique au dessin est venue vers 2009, avec mon doctorat sur Gaëtan Picon, généticien des œuvres quand il postule que sous le dessin, spatialisé, temporalisé, s‘inscrivent les racines d’une œuvre. Cette pensée, énoncée dans une langue poétique et théorisée, à la jointure du concept et de l’intuition, dans la très belle collection « Les Sentiers de la création » parue chez Skira dans les années 1970, je cherche à la réactualiser et, combinée aux outils des sciences sociales, à en faire un levier d’interprétation novateur pour l’étude du processus créateur.

ADC : Vous dirigez actuellement un séminaire de recherche intitulé « Épistémologie du dessin : concepts, lectures et interprétations, XIXe-XXIe siècle », organisé conjointement par le CNRS (Institut d’histoire du temps présent) et l’École nationale des Chartes. Qu’est-ce que l’épistémologie? Quels sont les enjeux scientifiques d’un tel séminaire?

A. C. : J’ai initié ce séminaire en 2013 car il s’agit d’étudier, au plus près, le dessin comme un objet historique autonome, jamais ancillaire. Alors, mixant les outils théoriques et pratiques, privilégiant le dialogue avec une communauté de chercheurs ouverte, entendant l’auto-récit des créateurs, je serre le dessin, je l’entoure d’interprétations multiples, je l’installe au centre et je pratique, effectivement, une épistémologie parce que, à suivre Jean-Michel Berthelot, d’évidence, cette dernière compose la maîtrise et l’exercice d’un sens critique.

ADC : D’après vous, pourquoi n’existe-t-il pas encore d’institution dédiée au dessin en France, à l’image du Drawing Center à New York (inauguré en 1977) ou de la Drawing Room à Londres (créée en 2002)?A. C. : Cette institution va très prochainement exister : Christine Phal, la Présidente de Drawing Now s’y emploie. Elle l’expliquera mieux que je ne fais et il lui revient d’en faire l’annonce mais je serais, avec d’autres, au cœur d’un nouveau dispositif qui proposera, dans un même lieu, des espaces de discussion, d’exposition et de réflexion dédiés au dessin contemporain. Vous verrez, – très prochainement d’ailleurs ! – cela promet le meilleur.

ADC : Dans le contexte du salon Drawing Now Paris, qui fêtera bientôt ses 10 ans, vous êtes commissaire de l’exposition Le Contemporain dessiné, qui sera inaugurée le 17 mars prochain au Musée des Arts décoratifs de Paris. Réunissant 27 artistes parmi lesquels Nicolas Aiello, Geneviève Asse, Alexis Yebra, Jean Bedez, Evi Keller ou Sepand Danesh, l’exposition (soit une quarantaine de dessins) sera présentée dans les espaces du Musée dédiés aux collections postérieures à 1940, dans une mise en perspective du « Beau et de l’Utile ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la genèse de ce projet? Y aura-t-il une publication?

A. C. : Je connais Christine Phal depuis 2012 et nous avons envie d’un travail partagé depuis ce moment-là. En 2014, je lui ai proposé d’organiser un « parcours dans le parcours » au Musée des Arts Décoratifs. Il ne s ‘agissait donc pas d’occuper des espaces vides du musée, mais tout au contraire, de s’installer à côté, au milieu, contre, tout contre, des espaces pleins et d’organiser un dialogue serré entre les objets et les dessins. L’idée ? Elle était très simple : sélectionner dans un panel de galeries présentes à Drawing Now des artistes – de générations et d’horizons différents, – s’emparant du dessin pour l’emmener « ailleurs ». Je souhaitais, et il me semble que le pari est tenu, que dans un compagnonnage harmonieux entre des grandes figures, comme Pierre Alechinsky ou François Morellet, on pouvait présenter le travail de jeunes créateurs qui se saisissent du dessin pour, dans leur création, questionner l’ornement de la maison, des villes et du corps. Sur les étages du Pavillon de Marsan, dédié aux collections contemporaines (post-1940), grimpant comme dans une tour, guidé par la scénographie créative de Christophe Cuzin, il sera possible de découvrir des oeuvres graphiques qui décomposent le dessin pour lui assigner de nouvelles circonscriptions, de nouveaux territoires. Grâce à Christine Phal, nous publions un catalogue qui, par-delà l’événement, rendra compte, à la manière d’un abstract, du contemporain – dans le temps « long » mais extrême aussi – lorsque, comme dans instant, comme sous des éclairs, il est soudain dessiné.

Entretien mené par Anne-Cécile Guitard.

Légende : Zarina Hashmi, Blinding Light, 2010, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris, Photo Georges Poncet

http://www.lesartsdecoratifs.fr/

http://www.drawingnowparis.com/

http://calenda.org/