Graphein – Stéphane Protic

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Jusqu’au 4 avril 2015

Galerie Baraudou•Schriqui

« SOUSTRAIRE POUR RÉVÉLER »

propos recueillis par Thomas Fort, 2014

Questionnant les notions de temporalité, de vanité mais aussi de plasticité, Stéphane Protic réalise des installations sous la forme de recouvrements d’espaces intérieurs, et des dessins à la facture académique. Recouvrir c’est aussi pour lui noircir une page blanche tout en jouant sur celle-ci de vides et de pleins. Il s’agit par le graphisme ou la mise en volume de « soustraire pour révéler » autre chose de la réalité.

Extraits :

On pense naturellement à Christo et Jeanne-Claude déclamant «voiler pour dévoiler». Ils s’inscrivent dans des projets environnementaux qui révèlent des fragments de l’espace ur-bain tout en faisant la synthèse de ces éléments comme le Reichstag à Berlin ou le Pont Neuf à Paris, par exemple. Vous vous placez dans une continuité en opérant ces recouvrements. Toutefois ces derniers épousent le lieu, le redessinent plus qu’ils n’en font la synthèse. Ils doublent l’espace…

Stéphane Protic : Je me sers du lieu comme une page blanche recouverte par l’estompage que produit le gonflage de mes structures. Au même titre que le noircissement de la feuille de papier par le graphite, je redessine l’espace. Je recrée des zones d’ombres et de lumière, de contrastes. La matière apposée sur le lieu devient en quelque sorte un épiderme proche d’une dimension picturale. Il s’agit d’une seconde peau tel un contre-moule de l’espace recouvert. Paradoxalement ce contre-moule dévoile le vide tout en se remplissant d’air.

Ces notions de vide et de plein sont récurrentes dans l’ensemble de votre pratique.

Stéphane Protic : Je les questionnent d’ailleurs très directement par ma pratique graphique. Je dessine en réserve. Souvent, quand je représente des corps je les dessine par ce qu’il y autour. Je m’attarde à déterminer les vides pour mieux révéler l’objet, mais il s’agit d’une révélation par l’absence. On dessine par recouvrement, par ajout de matière. C’est en cela d’ailleurs que mes installations rejoignent le dessin. Je noircis l’espace, je retire de la lumière. Je construis des formes sur la page blanche par soustraction de lumière. Par exemple dans Hand Made (2008), l’image est suscitée par son absence. Seule un fragment de celle-ci, en l’occurrence la main, permet de reconstruire ses manques. Ce blanc demeure également un espace de liberté et de respiration Ce traitement très classique et cette recherche de réalisme dans le dessin guident mes recherches. C’est peut être aussi un moyen de se rapprocher du spectateur. Il peut peut-être s’identifier ou en tout cas se projeter plus facilement.

Subversion et fiction sont au coeur de vos dessins. Pourtant il est indéniable que ces images nous renvoient à nous mêmes, à nos fantasmes, voir à nos peurs. Demeure une vanité omniprésente.

Stéphane Protic : La vanité reste essentielle dans l’esthétique que j’explore et devient un pré- texte pour questionner ma pratique du dessin. Le sujet de la mort y est récurrent car tout le monde s’interroge sur sa propre fin à un moment ou à un autre. Ce qui m’intéresse c’est de relier cette gravité à la naïveté de l’enfance. Quand on est enfant on a toujours envie d’être plus vieux. Je fais jouer les enfants avec la mort, car finalement cette volonté de grandir trop vite est aussi symboliquement un accès plus rapide à la mort.

De ces vanités subversives émergent des figures nues, sensuelles, parfois trashes. Pouvez-vous évoquer ce rapport à la nudité ?

Stéphane Protic : La nudité questionne directement une certaine idée de la beauté éphémère. Les enfants nus ne sont nullement représentés dans une visée pornographique ou pédophile. Il s’agit d’utiliser cette image comme le symbole d’une prise de conscience de cet état de jeunesse et d’innocence qui n’est pas éternel. Je mets en scènes graphiquement ces enfants dans des situations d’interdits ou de subversion, car ils n’ont justement pas conscience de la mort où des interdits. Des études sociologique prouvent qu’ils commencent à s’interroger sur ces dimensions tardivement, après 7 ans environs. Ils ne peuvent donc pas avoir peur de ces situations. Il n’y aurait peut-être que les crânes qui finiraient par les perturber.

Les scènes représentées associent de multiples éléments, décoratifs ou repoussants, innocents ou illicites, naïfs ou interdits.

Stéphane Protic : J’instaure le plus souvent des décors qui jouent de la dialectique attraction, répulsion. Dans les images du paradis que dévoile la série Heaven’s Door (2011), on ne repère pas tout de suite les objets illicites. On aperçoit en premier lieux les crânes mais les autres élé- ments, prohibés par la loi, restent discrets, par la facture employée mais aussi par la couleur qui confère un aspect très décoratif aux dessins. Ces images sont séduisantes et demandent donc une attention particulière pour repérer ce qui dérange.

Dans les blancs laissés, dans les strates assemblées par montage d’images, il y a une certaine forme d’ouverture

Stéphane Protic : Effectivement, le regardeur doit s’impliquer. Ce que je lui propose n’est qu’une amorce pour sa lecture, un point de départ. Cela pourrait être envisagé comme une manière d’écrire une histoire sans narration mais ouverte à tous les possibles.

Visuel : Sans-titre, 2014, 160x140cm, graphite sur papier

http://www.galeriebaraudou.com/